Les concepts

Publié le 11 Mars 2015

Les concepts
Interview de Philippe Jeantet, PDG fondateur de SurfVision.

L'interface SurfVision a sa genèse culturelle. L'invention trouve tout son sens dans la perspective historique des rapports de l'Homme et de l'Outil et dans la compréhension qu'en a Philippe Jeantet, apporteur du brevet et fondateur du projet industriel. Ecoutons le...

"Loin d'être ennemie de la nature, la technologie a toujours favorisé l'évolution physique et spirituelle de l'espèce humaine"

"J'ai longtemps opposé nature et technologie. "Technos" était pour moi "anaturel". C'est lors d'un séjour dans l'Ardèche avec des archéologues que j'ai brutalement élargi ma vision étriquée de "Technos". L'intense émotion suscitée chez moi par les peintures pariétales de ces grottes ardéchoises m'a poussé à m'intéresser aux origines de l'humanité. J'ai alors dévoré des ouvrages d'anthropologues de renom. Toutes leurs théories me démontraient soudain que l'homme et Technos n'étaient pas ennemis. Mieux : que Technos c'était moi, tout simplement. Car le silex avait permis à notre espèce de découper la viande qu'elle rognait auparavant avec de très longues dents. Et au fil des années, à force d'utiliser le caillou pour soulager nos mâchoires, les énormes muscles qui les soutenaient s'étaient atrophiés. Ainsi, petit à petit, la morphologie de notre visage a changé. Notre cage cervicale s'est agrandie. Au fond l'outil n'a toujours été que le prolongement externe de nos muscles. La voiture, par exemple, n'est que " l'externalisation " de nos jambes. Soudain, la découverte de ces lapalissades m'a apporté une des clés que je cherchais : Technos n'était qu'une sorte de mega exo squelette ! Et loin d'être ennemie de la nature, la technologie avait toujours favorisé l'évolution physique et spirituelle de l'espèce humaine.


"La révolution numérique est une nouvelle chance pour l'humanité : nous pouvons aujourd'hui "externaliser" le cerveau".

"Aujourd'hui, tout comme le silex ou la voiture, la révolution numérique est une nouvelle chance pour l'humanité. Un formidable outil qui risque de produire un effet aussi radical sur notre comportement et notre cerveau que lorsque celui-ci s'est développé physiquement grâce au silex. Comme nous avons "extériorisé" nos muscles jadis, nous pouvons aujourd'hui "extérioriser" la pensée. Nous n'aurons plus besoin, avec toute cette connaissance rassemblée et à portée de main, de scinder la société par strates, de petits gardiens de petits morceaux de savoir. Avant, nous mémorisions des tas d'informations barbantes pour rallier une fonction nécessaire à la société. Un employé municipal devait connaître la pièce n°25 du cadastre pour répondre au public. Aujourd'hui, il suffit de cliquer. Les nouvelles générations naissent avec ces outils là ! Et elles vont peut-être pouvoir enfin utiliser leurs méninges pour ce à quoi elles servent : choisir, apprendre à raisonner, décider. Tout ce qu'à moi on ne m'a pas jamais appris à l'école tant on me forçait à mémoriser les départements ou les tables de multiplication! Toutes ces données rébarbatives seront désormais stockées dans du silicium gravé, du silex intelligent ! Voilà au stade où nous en sommes à l'échelle de l'histoire de l'humanité: à cet instant où l'outil parvient à "externaliser" le cerveau et la pensée humaine! Ces bouleversements là ont une étonnante portée éthique et philosophique."

"Il fallait donc inventer un système, une nouvelle convention de lecture adaptée à cette révolution là".

"En ce sens, la technologie SurfVision n'est rien d'autre qu'un outil de plus qui apporte modestement sa petite pierre à ce fantastique édifice là. Un instrument de navigation plus intuitif et plus sensitif pour manipuler le multimédia. Une technique de déambulation aussi évidente que le surf ou la glisse et qui se passe de mode d'emploi. Aussi simple à utiliser pour le son et l'image que le livre le fut pour le texte. Car la technologie d'aujourd'hui ne permettait pas de se couler naturellement dans l'espace tridimensionnel du numérique. A cela une raison simple : l'informatique s'est développée dans l'univers terne de la bureautique, il y a vingt ans. Et la seule convention de stockage et de lecture dont on disposait alors était celle de " l'arborescence". On classait des données "textuelles", verticalement ou par petits pavés, en vrac sur des disquettes. Mais ce qui est adapté au texte ne l'est plus pour l'image ou le son. Pourtant les conventions de lecture sont restées identiques à celles du début. De là naissent ces impressions de circuler dans un labyrinthe, d'ouvrir tiroirs sur tiroirs sans jamais posséder de vision globale, cette sensation d'incapacité à se souvenir des infos précédemment consultées et donc de devoir rouvrir des tiroirs déjà ouverts, etc. Tout cela est normal car le multimédia, internet, constituent une rupture technologique dans l'histoire de l'informatique. Il fallait donc inventer un système, une nouvelle convention de lecture adaptée à cette révolution là. Donc plutôt que de rajouter un autre outil dans l'outil, comme un moteur de recherche, une boussole supplémentaire pour simplifier la vie des gens, nous avons réfléchi à ce qui était le plus naturel chez l'homme. Comme se déplacer intuitivement dans l'espace, avec une vision panoramique. Comme marcher dans la rue sans craindre de heurter le bord du trottoir, car notre vision et nos sens enregistrent machinalement les obstacles ou les dangers. Si l'on en revient aux peintures pariétales, on s'aperçoit que dès le début les hommes peignaient dans un espace panoramique, qu'ils avaient une approche holistique, conceptuelle du monde. A l'échelle de l'Humanité, l'écriture, le texte sont très récents comparés à l'image et à la parole. Nous devions donc retourner aux sources, à cette communication non écrite des origines : des espaces ouverts, circulaires comme une matrice, une architecture fractale sous forme de petits modules plutôt qu'une arborescence cloisonnée comme celle de l'écriture. Il fallait pouvoir se glisser, surfer dans cet "espace-écran" comme on se coule dans le réel. C'est notre monde! L'outil le plus proche de notre appréhension originelle de l'environnement. Le monde conceptuel du chien, du chat, de l'oiseau, et de l'homo sapiens... Surfvision c'est donc un outil intellectuel grand public qui permet sans apprentissage laborieux de se promener instinctivement dans ce nouveau monde. Bienvenue."

Interview conçue et réalisée par Eliane Faure, journaliste.

Publiée en octobre 2000 sur le site SurfVision

Rédigé par Admin

Publié dans #La technologie SurfVision

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